09.05.2008
Faire la lumière

La pluie dessine des pointillés dans le ciel, hachures voleuses d'azur, et pianote sur la tôle rouillée de l'abri de jardin, tititi tatata tititi, SOS en morse, venez Mayday, je suis toute mouillée, 6:00 am, amorce du jour, en larmes. Tout est gris. Tout perle. La couleur du temps, gris perle, les gouttes qui perlent, grises, le vieux lavoir en ciment et mes pensées: comment savoir s'il ment? Il faudra bien un jour faire la lumière sur cette histoire, me dit la petite voix. Je ne lui réponds même pas. Comme si c'était facile. Comme s'il suffisait, on/off, de touver l'interrupteur pour tirer au clair les idées noires qui n'en finissent pas de faire festin à la table des anciens jours sombres... Soudain le chien qui lit mes pensées saute contre le mur et...fiat lux, le filament de la vieille lampe au-dessus de la porte du jardin commence à briller et l'araignée, installée dans le plafond du verre, à avoir chaud, sûrement! La pluie redouble. Je me blottis sous la marquise, les beaux yeux de mon dog me font mourir d'amour, je déchiffre le frénétique clapotis sur le verre dépoli et je me souviens. Il pleuvait...
...sur Villavicencio, saison des pluies dans les llanos, rideau mouillé tiré sur la jungle fumante, rues-rivières et maisons-bateaux, vin de coca et riz à la noix de coco. J'ai regardé Pedro Criollo et Secorro, sa femme, partir. Le petit camion dérapait, glissait, broutait dans le chemin boueux. Derrière, sous une bâche, les neuf fils du couple avaient pris place sur le cercueil. Dix-huit petits yeux pépites, pétillants, dix-huit petites mains s'accrochant aux ridelles branlantes, neuf sourires en dents de lait. Plus loin, sur la route, les clôtures électrifiées des champs de pétrole, les papillons géants, les fourmis conga, méchantes, les grenouilles au venin bleu et la pluie, encore la pluie, toujours la pluie. On ne les a jamais revus. La presse a dit qu'il fallait faire la lumière sur la disparition de la famille Criollo. Accident? Enlèvement? Guérilla? Sbires d'Ecopetrol? Les sorcières de la selva? Maldicion? Non, bien plus con que ça: Pedro avait accepté de transporter le cercueil jusqu'au village des orpailleurs contre quelques planches gratuites. Ernesto, le menuisier, était un vieil ami, un ami bouffé par l'alcool et le palu, une pauvre loque et Pedro était toujours un peu triste quand il le voyait dans cet état. La veille, ils avaient chargé le cercueil dans le camion de Pedro et Ernesto était parti à la taverne en face se soûler encore et encore. Tôt, le lendemain, la famille Criollo a pris la route. Peut-être est-ce les cahots qui ont fini par sortir Ernesto de sa torpeur éthylique? Il s'est cogné en se redressant, nom de Dieu, où avait-il encore passé la nuit? Puis il a entendu des cris, des crissements, le monde s'est arrêté de bouger subitement et il a fini de dessoûler en voyant les corps éparpillés de Secorro et de ses neuf enfants sur le sentier. Tous morts. Le camion roulait à vive allure quand ils ont sauté. La vue du couvercle du cercueil qui se soulevait. Une peur terrible. Un mort qui se réveille, c'est le diable en personne! Non, malheureux, juste Ernesto qui n'avait pas trouvé mieux que de venir cuver dans son cercueil! Après on ne sait pas trop. Pedro est sûrement devenu fou, enragé de douleur. Ernesto a dû vouloir se défendre. Le cercueil n'a jamais été livré. La jungle a recouvert la carcasse du camion, les corps, l'histoire. Enfin, c'est ce que les gens racontent ici, en se signant douloureusement puis, basta, sigue la vida quand même...
...la nuit où Kyle a sauté par la fenêtre de sa chambre d'hôpital. Elle avait sept ans. La veille, alors qu'elle flottait encore dans un demi coma, on l'avait changée de chambre. La nouvelle se trouvait au rez-de-chaussée. L'infirmière l'a découverte, trempée et transie, sous la fenêtre. Kyle a dit qu'elle voulait juste tuer sa maladie. Qu'elle en avait marre, des chambres d'hôpital et de son coeur fatigué. Le lendemain, il pleuvait toujours lorsque son père est venu avec le drôle de cadeau. Une espèce de pierre plate avec un truc fin planté au milieu et des signes bizarres écrits dessus. Il lui a expliqué: horloge solaire, stylet, chiffres romains, graduation des heures, ombre... Ombre?! Kyle a dit qu'elle ne voyait pas d'ombre. Son père lui a répondu que c'était normal parce qu'il n'y avait pas de soleil dans sa chambre et dans sa vie. Pour le moment. Mais que ce n'était pas grave. Quand le soleil reviendrait, dans sa chambre, dans sa vie, l'horloge solaire se mettrait à marcher et à compter les heures, les seules qui comptent vraiment, les heures ensoleillées. Il fallait juste un peu de patience. Alors Kyle n'a plus eu peur. Elle a encore connu de longs couloirs sombres et des peurs noires mais elle savait qu'elle pouvait compter sur son horloge pour lui indiquer l'arrivée des heures-soleil et du bonheur. Il y a quelques années, je suis allée voir Kyle, dans le Michigan. On a passé de bons moments. Sur la façade sud de sa maison, la petite horloge a tout enregistré. Les médecins n'ont jamais réussi à faire la lumière sur cette guérison inattendue. C'est une ombre fine, apparue sur une pierre un jour de soleil, qui l'a sauvée, ils auraient du mal à comprendre. Enfin, c'est ce que Kyle raconte. Life goes on, même si on sait pas comment...
Il pleut toujours sur mon petit abri et la lampe de jardin luit faiblement dans le jour débutant. Ombre, lumière. Contrastes, contraires. La pluie, le beau temps. Vivre ou mourir. Triste ou gai. Tout ça, ça tient à quoi? A rien. Je regarde mon chien qui attaque une pomme tombée, à pleines dents. Leçon de vie. C'est l'heure du petit-déjeuner. Je ferme l'interrupteur en remontant. L'araignée sous son plafond de verre respire. Je vais voir si je peux appeler les Celsius et les faire venir en nombre, cet aprem, au moins 35, une grande fiesta, un cagnard à tout tomber. Sinon. Ben sinon, qu'il pleuve! Je resterai sur mes pilotis à regarder passer les petits bateaux des uns, les galères des autres. La vie continue. Ce matin, sous la pluie, j'ai vu Kyle et les Criollo.
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07.05.2008
Joyeux annif, ma Came!

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04.05.2008
Pour la réhabilitation de la crème brûlée...

C'est l'histoire d'un dessert exquis qui, bien malgré lui, avait été mêlé à une sombre, inique et triste affaire de moeurs. Il y était question d'inceste, d'un visage brûlé au chalumeau de cuisine, d'une petite madone d'Estremadura, lipstick piment paupières charbon, déballant les douleurs de sa vie extrême et dure dans un tribunal moisi, de yeux complaisamment fermés, d'enfances cramées et d'avenirs volés, rien que du sordide... Après le drame, sur la table, les crèmes brûlées ont refroidi longtemps. Personne n'a plus eu envie d'y toucher, d'exploser la barrière de sucre, checkpoint caramel, pour accéder à la douce plage d'onctuosité du flan si léger. Mea culpa. J'ai raconté cette histoire et, depuis, les ramequins purgent une peine injuste et longue, les petites cuillères ne Sing-Sing plus joyeusement contre les bords de la porcelaine remplie de cette inimitable douceur tiède et candy. La recette a fait appel. L'injustice est croustillante...euh...criante. Alors, pour rendre justice à ce délice complice de rien, victime collatérale, je republie ici ladite recette, écoutez-la manifester doucement aux marches de vos palais, réhabilitez-la! Reprendre goût au bonheur, ce n'est peut-être pas qu'une vaine expression... Et, pour ceux qui ne suivent pas, plizz, allez chez Lucile. Dans sa mer à lire, y'a un article qu'on voit danser et qui a fait de ma journée un golfe clair, merci de ta lecture, Lucile, et à toi aussi, Amanda, pour avoir offert cette jolie autre lectrice à Existe en ciel! Un jour, je vous ferai ma spéciale crème brûlée, promis, vous en redemanderez! ;)
K...rème brûlée
(pour environ 6 ramequins)
Blanchir 8 jaunes d'oeuf avec 150 g de sucre en poudre, very slowly, langoureusement, à la cuillère en bois, sans heurts, en tournant dans le sens des heures.
Dans une casserole, mélanger 1/4 l de crème fleurette à 1/4 de lait (cru de préférence). Faire tiédir et y laisser infuser vanille gousse fendue ou autre pousse herbeuse au parfum délicat: estragon, ciboulette, les plaisirs sont infiniment variables.
Ajouter le mélange laiteux crémeux parfumé aux jaunes blanchis, very slowly, etc etc...
Mettre le tout au frigo et laisser reposer quelques heures, naissance d'une alchimie.
Répartir dans les ramequins dont on a pu auparavant, variante exquise, garnir le fond de petits morceaux de fenouil caramélisés, enfourner (80°C) pendant 45mn environ et oublier jusqu'au lendemain, jusqu'à ce que le four soit complètement froid.
Saupoudrer de sucre et passer sous le gril ou au chalumeau... Poser sur le rebord de la fenêtre pour que le caramel prenne et réussisse peut-être à enfermer au passage dans sa carapace douce un effluve lilas blanc du jardin.
C'est prêt! ;)
(Puis, si vous avez encore faim de lecture, lisez ma reddition)
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03.05.2008
"C'est en écrivant qu'on devient écriveron."*
Cette nuit, le sommeil, je l'ai encore cherché et je ne l'ai pas trouvé. J'ai fait les dessous de lits, les fonds de placards, j'ai même réveillé monsieur Propre qui, lui, dormait tranquille de l'autre côté du plumard pour qu'il m'aide à faire le ménage dans mes idées noires, on a tout lessivé dans ma caboche façon love qui peut... Après, j'étais trempée des pieds à la tête et il s'est rendormi aussi sec, une fois ses bouchons reposés. Que dalle en ce qui me concerne... Alors j'ai continué à chercher, j'ai regardé sous l'oreiller, entre les draps et jusqu'à sous mes yeux puisqu'il paraît qu'on ne voit jamais ce qu'on a sous les yeux, précisément. La paille dans l'oeil de mon voisin me tentait bien, pas évident de piquer un roupillon sur la poutre que j'ai dans le mien, c'est peut-être là l'explique... Mais non, sous mes yeux, je n'ai trouvé que deux grosses valoches pleines de vide. De toute évidence, le sommeil m'était encore passé sous le nez... Mon regard redessinant à l'aveugle les contours noirs de la piaule, j'ai pensé soudain à cette expression, dormir à poings fermés. Boudiou, c'était peut-être là la solution, exit mulungu, valériane, passiflore et tisanes consorts, la solution était là au creux de mes mains! Alors je les ai serrés, serrés, fort et longtemps, mes poings, mais, de résultat...point! Je ne dormais toujours pas. De rage, j'ai envoyé un de ces poings valser dans l'air. Il a heurté la pile de mes livres de chevet. Badaboum! Monsieur Propre a grogné. Monsieur Queneau a atterri, soft, entre mes mains. J'ai allumé ma petite loupiote, ouvert Exercices de style, commencé à lire, réjouissance. Vers la page 30, le sommeil a fait mine de se pointer, je l'ai envoyé promener, trop tard, Ducon! J'ai relu le livre d'une traite. Il faisait presque jour quand je l'ai refermé et j'avais très faim...de mots. Je suis allée raconter tout ça chez mes copines, les Princesses. A lire ici.
Raymond Queneau, Exercices de style, Folio 1363, 2007. (* citation tirée de "Maladroit", p 80)
10:19 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
01.05.2008
Le polar au polaroïd
Tout commence par une vieille photo découpée dans le canard Sud-Ouest, glissée un jour de janvier 1959 entre les pages de La nuit tombe, le polar lunaire et amnésique de David Goodis, et retrouvée quarante-cinq ans plus tard par celui-là même qui l’y avait enfouie. Sur le cliché on découvre Marie-Thérèse Désormeaux, petite madone pincée et fan timide posant aux côtés du bluesman Big Bill Broonzy. Et dessous, il y a cette légende et son pesant d’or : « Coïncidence ? Marie-Thérèse Désormeaux bifurqua dans la vie à partir du moment où sa passion pour le jazz prit une forme excessive »... Lire la suite
11:52 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.04.2008
Série noire

En levant la tête vers les carreaux noirs, il m'a semblé voir une silhouette se reculer dans l'embrasure de la fenêtre. Mon coeur s'est lézardé.

J'ai monté l'escalier lentement en pensant que, si je les tuais, c'est derrière des barreaux comme ceux-ci, épais et froids, que j'allais finir. Il faisait trop chaud.

Elle n'a même pas sursauté en me voyant, a souri et m'a dit que je tombais bien, que le café était juste prêt. Peut-être... Peut-être que j'avais tort et qu'elle m'aimait dur comme fer...

Je me suis assis, presque rasséréné, et c'est alors que je l'ai vu, l'oeillet. Il était là, je le savais! Il s'était éclipsé en m'entendant arriver. La garce, comme elle jouait bien la comédie...

J'ai foncé sur le balcon, c'est sûrement par là qu'il s'était enfui, le poète! Elle avait de grands yeux étonnés quand j'ai cassé sur sa jolie petite tête le seau à champagne, l'oeillet a dessiné une étrange balafre fleurie sur son front rougi et elle est morte dans un léger soupir.

Soudain j'ai eu envie de pisser. Dans ses chiottes, y'avait des fleurs blanches suspendues à la treille du plafond, une petite serviette bleue, un savon rose et son joli petit bazar de poupée. Et un miroir sur le mur. En sortant j'y ai croisé le reflet d'un homme malheureux.

Je suis parti sans refermer la porte. Même pas sûr d'avoir tiré la chasse quand j'y pense. Ma mère était déjà montée faire sa sieste quand je suis passé pour lui dire au revoir. J'ai fait un signe discret à la Vierge de bois sur le mur. Disculpe.

Elle m'attendait au port. J'ai vu personne, lâché les amarres et j'ai foncé vers l'horizon où le grain prenait forme. Le balancement d'Anna Maria, le goût de la mer et du sel. J'ai fermé les yeux. Ya llego, Isabel.

Disparu en mer le jour même de l'assassinat de sa fiancée! C'était pas un beau titre, ça? Même ton poète ne l'aurait pas trouvé. Je pense à toi. Il fait trop chaud ici. Donde estas?
21:28 Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
28.04.2008
Ailes et Serres
Ce lieu intouché, originel presque, c'est Colca, au Pérou. Enfin, cela pourrait l'être: un paradis végétal, isolé et luxuriant, où vit cachée une poignée d'hommes libres et heureux. Le chemin de Colca est difficile à trouver, c'est une vallée perdue au fond d'une immense faille et c'est ce qui la sauve. Car le monde extérieur est en charpie, tombé sous la domination d'un obscur et violent Comité qui a asservi les peuples et le monde. Au Pérou, Lima, la capitale, est devenue un cloaque infâme et dangereux, un immense bidonville de ruines insalubres où les gens survivent à peine, traqués par les miliciens à la solde de ce gouvernement invisible et implacable. Mais, derrière les murs, dans les souterrains, dans les coeurs, l'espoir n'est pas tout à fait mort, la résistance s'organise: elle dissémine dans la ville la graine de la révolte, l'objet interdit: un livre. Le livre de la Révolution. C'est le journal de L., il explique comment le monde en est arrivé là et témoigne des manipulations du Comité, de sa barbarie et de son illégitimité. Il raconte aux hommes qu'ils n'ont pas toujours été ces esclaves soumis, qu'ils peuvent être libres, qu'ils étaient libres. Au péril de leur vie, les résistants distribuent le journal de L., comme Libertad, la petite porteuse d'eau et de mots qui, dans le double fond de sa brouette chargée de sachets d'eau distillée, dissimule des exemplaires du livre interdit. A Colca, on ignore tout de l'évolution du monde. Ils savent que les premiers d'entre eux se sont réfugiés dans cette vallée perdue pour fuir la terreur, que d'autres sont arrivés au fil des ans portant encore témoignages des horreurs qu'ils laissaient derrière... Mais le temps a passé. Et si maintenant tout était redevenu normal? S'il n'y avait plus aucun danger? A quoi sert-il donc de demeurer cachés dans cette enclave paradisiaque, certes, mais qui, un jour ou l'autre, finira par être trop petite? Cependant, si le danger subsiste, les risques sont grands. Notamment celui de livrer l'existence et la situation de Colca à l'ennemi... Un homme pourtant va prendre la décision de partir et d'en avoir le coeur net. Et en soulevant le couvercle de cette Pandore végétale, il va bien entendu faire basculer à jamais son destin, celui de sa famille, des gens de Colca et du reste du monde. Voilà résumé le début de Ailes et Serres, un roman écrit par Florian Laska. Il s'agit en fait d'une trilogie: Ailes et Serres est le premier tome suivi par Le condor de Colca et Le journal de L. terminera la série. Les deux premiers tomes sont déjà parus et disponibles auprès de la librairie L'ivre d'histoire: ICI. Ces trois livres sont des romans, fertiles en histoires et en rebondissements, mais pas
seulement: derrière se cachent toute une réflexion philosophique sur l'homme et la vie, un regard sur l'Histoire et une vision de l'humanité parée d'un grand souffle libertaire. Cette trilogie est un manifeste pour la tolérance, un cri pour l'humain, une dénonciation des pouvoirs, politiques, militaires ou religieux, et de leurs façons d'asservir les hommes. Livre d'espoir. La majesté et la beauté d'un condor qui plane au-dessus des hommes dans le ciel immense. Livre noir. Les hommes ont déposé une charogne dans le fond escarpé de la vallée pour y attirer l'oiseau magnifique et le capturer. Il ne volera plus, Ailes et Serres pris dans le même piège. Conquête. Reconquête. Le pouvoir a un prix. La liberté aussi...
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23.04.2008
La gitane de Medellin

21:47 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
20.04.2008
C'est le baiser d'un petit vent frais...
...qui m'a réveillée, ce mat', prince léger, Zéphyr on my lips, jolie sensation. Mais en ouvrant les volets j'ai vu dans le ciel ces tout nus nuages lourds et cradingues qui sentent la pluie et le vieil orage à tout casser. J'ai sorti Planti sur le rebord de la fenêtre pour qu'elle habille cet horizon pataud pas beau de ses belles franges horizontales, s'abreuve à l'eau de là-haut et photosynthèse un peu ses feuilles abîmées de trop d'hiver. Du coup, trouvant le vrai un chouïa déprimant, je me suis plongée dans un autre ciel, celui de mon écran, où j'ai découvert cette jolie note de ma copine Sophie Laroche sur Existe en ciel. Merci, Sophie! Les cafés suivants sont déjà prêts à aspirer dans leurs belles volutes tarabiscotées et parfumées d'autres secrets et instants partagés, rendez-vous chez Paul, Pierre ou Jacques! Le blog de Sophie est tout neuf, allez-y donc faire un tour: ici!
Puis je suis allée chez les Princesses déposer un commentaire sur un livre que j'ai aimé lire, La mécanique du coeur de Mathias Malzieu. Et avec tout ça, il est déjà presque midi, got to go, baci!
Les gares sont des romans
11:21 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
08.04.2008
La maladie des mots
Urgences ophtalmo, jeudi. Je me pointe l'oeil en berne et quand je dis à l'interne que le Freezer, c'est pas le plus top des eye-liners, il rit puis me dit qu'il va jeter un coup d'oeil. Un coup d'oeil?! Non, merci, Monsieur, j'ai déjà donné! Je mate le soft joli dessin de sa bouche pendant qu'il plonge dans mon humeur vitreuse et étudie l'horreur L'Oréal sur ma paupière, maquillage choc, j'ai heurté le plastoc et la feraille d'une porte qui ouvrait sur une banquise de bacs à glaçons et ça m'a fait une vision d'aurore boréale juste avant le black out. J'ai chu, me voilà au CHU. Je longe quelques misères alignées dans un couloir sombre, certaines me sourient, l'instant fraternité des fracassés et je frémis à l'arrivée du gang de mes souvenirs borgnes. Pas le temps de dire ouf qu'ils me font déjà cortège, les salops m'avaient à l'oeil. Salut Man, salut Jo, salut mes morts... Les murs ont été repeints, empreints de mille autres histoires, mille autres douleurs, mais les nôtres sont toujours là, gravées, qui me font signe, font que je saigne. Please, mister bib, me laissez pas trop longtemps dans ce couloir avec mes morts vivants, j'ai rien pu faire, promis, sinon j'aurais tout fait pour vous sortir de là. Il revient. Questionnaire pour l'anesthésiste. Au cas où. Votre oeil, c'est pas joli joli. Faut voir. Je demande que ça, je lui dis, il sourit. Il questionne, je réponds, il note. Vaccinations? Ok. Je pense à Dan Killer, mon canasson, son oeil droit planté dans un clou rouillé, crevé. Allergies? Néant. Je pense à Sergent Pépère, mon félin, son oeil droit planté sur la griffe d'un rival dans une nuit où les étoiles miaulaient, crevé. Maladie? Je pense à écrire une nouvelle version de "Sans famille", la bande des yeux niqués, Dan Killer, Sergent Pépère et moi-même dans le rôle de Jolicoeur-qui-flanche et se mange un frigo. Maladie? Insiste le bib. Oui...euh...pardon...non. Je peux quand même pas lui avouer ça, que j'ai la maladie des mots. Il continue. Vous prenez des médicaments? Oh oui, je suis shootée à mort...euh...non. Je ne peux pas lui dire ça non plus, que je suis en permanence sous l'effet de ce puissant psychotrope nommé écriture. Il chercherait dans son Vidal, il trouverait rien. Normal, ça se situe plutôt dans le vital! Indication: recherche de béatitude intellectuelle. Posologie: zéro limite. Mode d'emploi: composer une ligne puis une autre puis une autre...ad lib. Effets indésirables: accoutumance, humeurs changeantes, syndrome de doute profond et phases d'exaltation outrancières. Non, non, définitivement pas, je ne peux pas lui dire ça, il me prendrait pour une junkikie et ne voudrait sûrement plus me faire de l'oeil! Finalement l'histoire se termine plutôt bien, je repars sur mes deux yeux mais le monsieur m'a fait une ordonnance repos complet avec une pointe de blé...euh...de Bic. Donc je dois vous laisser un moment, deux semaines, peut-être trois, je ne sais pas encore. Mon blog et moi, on se met au vert, histoire de cacher mon oeil rouge pas kacher, j'emmène juste une petite valise et quelques verbes pour aller regarder le frisson léger de vent qui parcourt les champs et l'échine des grandes herbes folles du printemps. J'emmène aussi avec moi, dans mon jardin en friches, copie de cette magnifique critique d'Existe en ciel écrite aujourd'hui par Sébastien Fritsch. Merci, Seb, à te lire je me suis sentie un peu comme une matriochka, ces petites poupées russes emboitées, une, deux, trois, dix, vingt figurines identiques à l'oeil inattentif, visages ronds, pommettes rouges et fichus bariolés, que l'on déshabille l'une de l'autre, nouvelle après nouvelle, jusqu'à la dernière ligne, pour arriver à la plus petite, pour arriver jusqu'au coeur. Et une lecture à coeur, que peut-on souhaiter de mieux? Merci encore à toi de m'avoir suivie malgré les cahots, les KO, le chaos parfois, j'aime trop jouer avec les mots pour ne pas en remettre une couche, j'écris sur une table gigogne, il y a toujours une autre poupée à découvrir, cachée dessous. Et puis, vous tous, n'oubliez pas d'aller lire mes copines les princesses qui ont la gentillesse d'attendre mon retour et de me garder ma place au show! Promis, les filles, je reviens bientôt, bon pied, bon oeil, et encore plus malade qu'avant...de mots!
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30.03.2008
Le voyage continue...

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26.03.2008
Born to run!

Et on s'appelle comme ça parce que...
...c'est ainsi qu'osa causer une gueuse révolutionnaire sous la terreur à l'adresse et l'endroit d'une demoiselle de haut rang en route pour l'échafaud.
Si nous avons repris à notre compte l'apostrophe, c'est que nous aussi on a décidé que maintenant c'est nous qu'on est les princesses, et qu'on va tiendre salon ici, comme les dames d'antan dans leur ruelle. Les Diderot, d'Alembert, Voltaire, les Raynal, les Grim, les Nodier de notre siècle sont bienvenus cheu nous. Y'a que les Rousseau qu'on prie de se tenir plus loin. Fi des grincheux, des fâcheux, des bougons acâriatres !
Les filles, à nous l'espace, la liberté, les révérences et irrévérences libertines.
Le premier salon web est né ! ICI, V'NEZ!
PS: j'arrive, hein, les filles! (Pas idée aussi de commencer ce truc pendant que je vacance, flûte, les zessgons!) ;))
PPS: merci, Maléti, beau boulot!
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24.03.2008
Roman fleuve

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21.03.2008
Fenêtre à douceurs

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19.03.2008
Le voyageur de papier

Je n'ai pris qu'une seule jaquette, couleur azur, et une petite valise de mots pour partir à l'aventure. J'ai entassé dedans toutes mes possessions, mes obsessions, un vanity, mes vanités. Je ne pensais pas être sur la route si longtemps. Clarabel m'attendait, j'étais impatient de la rencontrer, je savais qu'on allait passer une ou deux petites heures ensemble, qu'elle allait s'envoyer les lignes que je lui amenais avec cette belle envie et ce grand appétit de mots qui la caractérisent, croqueuse d'histoires et d'émotions, j'espérais secrètement ne pas la décevoir mais je savais aussi qu'elle allait me voir comme j'étais, sous l'azur de mes frusques, tout nu, à tenter de peindre jolie fresque de mes piètres frasques, frêle lego de mots, l'ego de moi, j'ai presque failli faire demi-tour en chemin... Quelle erreur j'aurais commise! Clarabel m'a reçu comme un prince, m'a offert un exquis mot doux que je garde toujours dans ma poche et...un ticket to ride! Elle m'a mis dans le premier express de chez Kraft et, zou, destination lecteurs! Depuis, je fais un beau voyage et j'ai appris que mon jumeau aussi. Lui est tombé chez Amanda, une sister en mots de Clarabel, il a passé chez cette autre belle passeuse d'histoires et de lectures un séjour fantastique et je sais que, comme moi, il garde, plié en quatre dans sa poche, ces mots d'elle qui font chaud... Puis elle aussi lui a filé un billet pour éviter le train train, découvrir le monde et d'autres personnes. Grâce à elles, on arrive chez des gens sympas qui nous offrent un coin d'étagère pour la nuit et s'occupent de nous, prennent le temps de nous lire, de s'intéresser à nous. C'est pas toujours le coup de foudre, des fois, on ne se plaît pas vraiment, c'est pas si facile de lier connaissance et de s'attacher, petite alchimie délicate des rencontres et des émotions, c'est Oz ou pas grand chose mais c'est toujours une belle expérience de tenter le coup! Il y a quelques jours, j'étais chez Fashion Victim. On n'était pas très sûrs de se plaire, y'avait des bruits contradictoires qui couraient sur moi, faut dire que j'aime bien jouer au con des fois, en rajouter, c'est ma nature, peux pas m'en empêcher, et j'étais un peu à cran quand elle a enfin décidé de m'ouvrir. J'ai pris une grande respiration, fermé les yeux puis...TADAM, me voici "victime" réjouie de Fashion: notre rencontre est à lire ICI! Puis elle m'a réexpédié ailleurs, je suis de nouveau on the road, partie vers une autre lectrice, Kikirouac par la grâce de vos yeux lecteurs, voyageur de papier, feuilles au vent, écrivant l'histoire de mes petites histoires, celle des rencontres d'un texte avec ses lecteurs... Merci beaucoup à toi, Fashion et à toutes et à tous!
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18.03.2008
L'appel du livre

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10.03.2008
Rideau!

13:38 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note
I want you je t'aurai

Promenade, tôt, ce matin, dans la ville, mots clefs : mobilier d'aube, voile noir, vent léger, attirail urbain brillant, faut que je réfléchisse, Bib en dôme, chien qui pisse, patte levée, arbres nus, bras tendus, stoppeurs pleins de sève, voitures passantes, tout schuss, s'arrêtent pas, scheisse, résolutions qui fléchissent, trottoirs déserts, néons, néant, pots d'échap' et moi rêvant échappatoire... Dans l'air, une odeur d'essence qui plombe et un bon kilo de piafs fous qui volent en zigzag sur fond khôl, une plume qui tombe, je l'attrape, message in a duvet, cette fois c'est sûr, I want you je t'aurai...
07:02 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
08.03.2008
Les papillons

Le vol léger
Des papillons
Dans l'air d'été
M'a rappelé,
Doux tourbillon,
Le temps passé
Ces brefs instants
Qui sont autant
De confettis
Lancés au vent
Et retombant
Le temps d'une vie
Vifs coloris
Que nous avions,
Amants-sosies
Aux joues rosies
Par la passion,
Vite ternis.
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07.03.2008
Et Paco, hein? Fiat Lucia...
Paco de Lucia, Concierto de Aranjuez (de Joaquin Rodrigo).
Otro momento de magie guitare... Ben oui, c'est comme ça, tout de suite, j'ai trop tiré sur la corde, y'a que la rosace de ma gratte pour me sourire. Mi la ré sol si mi, je m'accroche au manche car sinon, sol ciré, je me casse la gueule...
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06.03.2008
Stevie Ray Vaut l'coup!
Stevie Ray Vaughan, Life Without you.
Hep, Carinou, tu crois qu'à deux on arrivera à faire ce qu'il faisait solo? ;) Trop bon...
10:38 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
04.03.2008
Vancouver

Vancouver,
Arbres verts,
Temps couvert,
Tours de verre,
Ciel et mer
En hiver
Hi, honey !
Vancouver
Froid sévère
Elle me sert
Deux-trois verres
Stout amer
Qui libèrent
Je dis toute
Ma déroute,
De Beyrouth
A Nulle route,
Les soutes,
No more roots
Elle écoute,
Sans doute,
Met ses boots
Snow boots
Me sourit
Puis ajoute
Time, honey,
To get out !
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29.02.2008
Western

Scène de ciel : le troupeau nombreux de nuages cowboys qui chevauchent la nuit cobalt s'effiloche en direction de l'ouest, chassé par une rafale, le vent est armé d'une douceur inhabituelle, son colt est chargé de sensations d'épices chaudes, munitions de sable blanc et cartouches d'un horizon de cuivre, je suis dans sa ligne de tir, blessée charmée de cet air léger qui me pénètre, je longe l'avenue Anatole, triste canyon urbain, Colorado de bitume néoné, puant, bruyant, semés des derricks minces des feux tricolores et de pauvres boulots boulottés par la pollution, west terne. Là haut, la cavalerie est passée et les petits feux indiens des étoiles brillent encore, dérisoires sur l'iris noir de la nuit. J'ai envie de faire un voeu et de l'envoyer exocet se faire exaucer ailleurs, loin des exhaustions, fumées noires des pot d'échap' and co... Je cherchais une idée tout en marchant et puis soudain, dans le renfoncement foncé de l'abri bus devant lequel je passais, je l'ai vue, petite tâche blanche tassée sur le banc, j'ai dit Bonjour et, sous l'égide du poète, arrêt André Gide, l'inconnue m'a souri. Zen end.

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27.02.2008
Haut et court

A M. et quelques autres...
"Aujourd’hui je fête mes cinquante ans, un demi siècle et des lumières plein tes yeux, mon beau Lulu, celles des bougies qui crépitent sur les chocolat pépites de mon gâteau d’anniversaire… T’as de beaux yeux, tu sais, un peu comme moi!... Et toi, Julie la frite, redonne-moi du souffle, gonfle mon poumon, que l’on éteigne ces minis tornades qui chahutent les torsades chantilly du joli black birthday cake… Tu manques pas d’air, toi, hé, normal, j’ai toujours fait attention à ma forme, sport et tout! Puis, en avant la musique, les enfants, dansons ! Waouh, Daphné, tu me ressembles tant, même joli coup de rein, le gauche… Et toi, Antoine, joue pas les rabat-joie, fais pas ta ganache, prends un morceau noir-c’est-noir de ce grand cru Gandjura, cocoa fèves exquises, je te donnerai mon remède secret, spécial crise de mon foie, un dé à coudre de Fernet-Branca, ça passe ou ça casse… Allez, allez, amusez-vous, c’est moi qui arrose, dix ans de cette drôle d’aventure, dix ans d’envies communes, ça se fête, non… ?!
J’avais rêvé chapiteau immense et tout le tralala, réception grande classe, marquise blanche au kilomètre où, bon prince, j’aurais régalé un cortège d’invités triés sur le volet, le store roulant ou la porte du garage, qu’importe, mille et une belles personnes qui pourraient ensuite repartir conter à l’envi cette nuit unique, du passage de mes cinquantièmes, après avoir fait bonne chair et chères rasades s’être envoyé… On ne fait pas toujours ce qu’on veut…. Ce sera petit comité, à l’amitié, l’amour, la joie, l’amour, la joie, le chœur y est même si le cœur n’y est plus… Sacré Sergio, nous planter comme ça, à quelques lunes de cette belle célébration. C’est un gros morceau qui est parti là, le Sergio, dix années de galère, lui aux rames, moi à la pompe, écoper, écoper, écoper, peine maximale, il n’a pas résisté et son départ m’a éteint un peu plus… Mais, basta des mauvais souvenirs pour l’instant, jouons aux mômes, faisons-nous l’aumône d’un instant d’abandon… Et on dirait que Sergio est encore parmi nous pour cette jolie fête de mes cinquante ans et de nos dix ans… L’occasion de les réunir enfin, depuis le temps que j’en rêvais, une décennie après notre rencontre ! Je les ai tous connus le même jour ou presque, à vingt-quatre heures près, on ne va pas chipoter… Dix ans que j’attendais ce moment ! Dix ans d’un mano à mano pas toujours rigolo, plutôt menottés que main dans la main, pas une promenade de santé ou plutôt, si, mais alors tempo violent, marathon de santé. Eux hésitaient un peu, je le sais, je les comprends, cette histoire entre nous, ce n’est pas qu’une partie de plaisir, pas une odyssée tranquille, pas une épopée plan plan, ça non. Y’a des tranches de vie pas faciles à avaler, des épisodes qui se piquent dans les glottes et mettent une vie parfois à passer, du passé qu’on voudrait filtrer, édulcorer, faire réduire, hacher menu, chiquetailler, mettre en pièces montées pour shooter dedans et en tartiner la face de cette chienne de vie…. Mais je m’emporte… Revenons à nos moutons, gâteau au choc, petites plaisanteries ad hoc et jeux de cour de récré… C’est Daphné qui a lancé l’idée de jouer au pendu. Sacrée farceuse, toujours l





