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03.02.2008
La pochette-surprise du Caribou
"Au-delà des mots (tous choisis avec une précision d’horloger), ce que j’ai aimé c’est que chaque nouvelle est une pochette surprise, un jeu de chat et de souris, parfois même un jeu de dupe et d’autres fois juste des jeux de maux, puis les trois à la douzaine..."
Le Caribou a lu Existe en ciel et j'ai piqué cette phrase à son joli billet que vous pouvez retrouver en entier ICI! Et puis, dans mon Elan, je vais te raconter, Caribou, pourquoi cette phrase-ci m'a touchée plus que les autres...
Voiture 2007
Gare de C., fin mai, midi passé, 28 degrés. Celsius joue avec la petite boule de mercure qui monte qui monte et les voyageurs sont tous des saints en partance, leurs auréoles sous le bras. Sueurs, rougeurs, haut-parleurs, composteurs. Surveiller l’heure. Valoches, mioches, taloches, MacIntosh. Le train approche. Manque d’air, billets AR, poches revolver, langues étrangères. Entre dans un bruit d’enfer. Swiiish, swooosh, swaaash, tongues song sur les quais de bétong, bâtons de glaces balancés fissa au ballast, vite on s’embrasse, s’éloigner de la bordure du quai, attention au départ. Ciao amor, salut baby, see you darling, au revoir signes, bras qui s’agitent, mains qui miment et, sur les mines, le love kit de ceux qui se quittent : moues-baisers, deux yeux qui brillent, sourire forcé, tout le bye bye attirail. Le train s’ébranle sur son chemin de voies, lentement d’abord, puis de plus en plus vite. Dans ma tête je le vois comme la fermeture éclair que l’on remonte, du vêtement de la petite ou grande aventure que l’on enfile à chaque voyage. Des fois, c’est rien, un petit top léger, transparent, d’autre fois la fermeture se coince et l’on n’en revient jamais. Lili me tire par le bras. « Allez, allez, Kiki, achète-moi une pochette-surprise, je demanderai plus rien, allez, steuplééééééééééé ! ».
Voiture 1977
Gare de C., mi-avril, midi pile, Fahrenheit 451, ses doigts en marque-page, coincés dans le livre de Bradbury, il fait chaud, je regarde Yvan et le soleil qui joue à reflets dorés dans l’eau de ses mirettes. Il est beau, il me sourit, il a 15 ans, moi pas encore 12. Séjour linguistique, direction Cologne, je pensais pas qu’un grand de troisième pouvait s’intéresser à moi, ich liebe dich, chiche ! Il a passé sa main entre la vitre et ma joue pour que je puisse appuyer ma tête contre la fenêtre sans avoir mal: « dors », dit-il, « je surveille tes affaires ».
Avis de tempête
Le marchand de pochettes-surprises est un vieux beau, mi dandy mi clodo, relooké par les mites. Il balade ses grands cônes de papier journal sur le quai bondé et attire les minots à coups de sifflet. Je vois le chef de gare qui s’énerve et, de loin, lui fait signe de déguerpir. Lili est scotchée au bonhomme qui lui promet que, dedans la pochette, elle trouvera sûrement un sifflet pareil si sa maman veut bien donner une petite pièce au gentil monsieur. « Je ne suis pas sa mère. C’est combien ? » Une misère contre un trésor, le sourire de Lili, alors je raque, va pour l’arnaque. La petite s’empare brutalement de la pochette-surprise, la déchire, explose de joie : « Un sifflet, une sucette, t’as vu, t’as vu ???!!! » Dans son extase, elle lâche les feuilles de journal qu’une soudaine rafale, train furibard qui saute une gare, s'empresse de me coller sur la figure.
Avis d’obsèques
Je les décolle, en pétard. Les regarde malgré moi. C’est la page des avis d’obsèques, vague malaise. Mes yeux sur la première annonce, en haut, à gauche : les familles D. et F. ont la douleur de vous faire part du décès de Yvan D. des suites d’une longue maladie. Coup de lame, ça coupe le papier, parfois. Je cherche la date : 12 mars. Plus de deux mois. Plus de trente ans depuis ce compartiment lointain de nos amours adolescentes et sûrement plus de vingt depuis la dernière fois que je l’avais croisé : il avait fait de sa passion, le ski, son métier, ça me plaisait de l’imaginer heureux. Et voilà que t’es même plus vivant, Yvan, et que je l'apprends à cause d'un coup de vent. Lili remarque mon trouble. « Ben quoi, t’es triste parce que t’as pas de sifflet et de sucette ? Je t’achète une pochette avec ma tirelire, si tu veux m’avancer les sous, comme ça t’auras une surprise toi aussi. » J’embrasse sa petite truffe contrariée : « C’est gentil, Lili, mais ça va, allez on grimpe dans le train maintenant, zou ! » Elle se remet à siffler. Ma surprise, mignonne, je viens de l'avoir…
Tu vois, mister Caribou, j’aurais pu mettre cette histoire dans une de mes nouvelles. Parce qu’elles sont comme ces foutues pochettes-surprises, comme la vie, tu sais jamais trop à quoi t’attendre. Voilà pourquoi cette phrase a fait tilt quand j’ai lu ta note, bien vu! Encore merci de ta lecture et de ton soutien !
19:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note







Commentaires
et moi, c'est toutes tes phrases qui me touchent...
Ecrit par : Marie | 04.02.2008
'tain, Kiki, la pochette surprise.. qu'on a envie d'HT, d'offrir, et qui brûle les doigts quand on l'ouvre et qu'on découvre au gré d'un coup d'vent, y'a des souvenirs perdus dedans.
Marre parfois des pochettes supplices, même si c'est vraiment ça la vie: autant d'instants, autant de pochettes surprises supplices, délices factices, mélancolisse.
Et puis des coup d'éclats, tout en tas de rire: pochette malheur? pochette bonheur! Bonbon du coeur, guimauve toute mauve, papiers collants, souvenirs gluants. ça poisse, ça coince le chat dans la gorge. ça crève le coeur comme le ballon acheté à la foire des surprises malices malheurs.
J'aime ouvrir ta page comme j'ouvrais la pochette surprise convoitée dans le grand panier, à côté de la caisse du supermarché.
J'aime sortir de chez moi, et ouvrir la pochette surprise de la vie. Emprise. mal prise. Vie mal apprise?
Rires de la mort qui tue. pleurer de fous rires en dehors, mourir des -clats de rire en dedans, même quand tout fout l'camp.
Tant que les surprises de vie dans la pochette se glissent, dans leurs cachettes se grisent, tant qu'émerveillée je reste, tant que je ne devine pas ce qu'il y a dedans à vivre... Tant que, tant... alors je vibre.
(merci à toi. Ce matin, je glisse une belle pochette dans mon sac à main.)
Ecrit par : elle | 04.02.2008
Rhoooo p'tin merci pour l'histoire :o)))))) Rhoooo lalalalalala j'l'ai adore celles là :o))))))))) c'est du nectar, du jus d'alambique Mouhahahahaha, du grand armagnac : d'abord des saveurs, pleins, différentes, jamais en même temps, les unes après les autres, puis sans prévenir une explosion en plein vol qui les sublime, un feu d’artifice dans ta bouche. Une pochette surprise koi :o)))) Bizssss
Ecrit par : Le Caribou | 04.02.2008
@Marie: merci! (mais c'était un peu fait pour, en fait, ça tombe bien! ;))
@Elle: bel hymne à la vie, Elle, je te vois d'ici, au fil des heures, déballer ta pochette du jour, prête à déguster les surprises qu'il va te réserver. Je glisse deux-trois bonbecs dans le fond, parfum pensées douces, fournée spéciale myself pour toi!
@Le Carinou: ah, belle image encore, oui, cette histoire, c'est un peu une rasade d'eau de vie, la glotte en feu, un drôle de parfum qui reste, le petit goût amer du noyau de prunelle dans la douceur sucrée de la mirabelle: j'aime bien jouer les bouilleurs de cru! ;)
Ecrit par : Kiki | 05.02.2008
J'aime bien quand tu mêles l'amer au sucré, tu es plus cacao pur que bec sucré dame Kiki, et moi je suis accro ! Bécots.
Ecrit par : Marie-Laetitia | 05.02.2008
@Mariléti: kétuveux, ça fait un mois que j'oublie de rajouter le sucre sur ma liste de comm'! ;) (5ks beaucoup, miss Léti!)
Ecrit par : Kiki | 05.02.2008
'tain, trop fort le Caribou! Il a du réfléchir un moment pour faire sa "critique"! On dirait presque du Kiki!
Ecrit par : Bruno | 06.02.2008
@Bruno: oui, very chouette billet!
Ecrit par : Kiki | 07.02.2008
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